#25 ON M'APPELAIT SAUVEZ WILLY (un article aussi gros que mon cul!)


Ca fait longtemps que je souhaitais vous faire cet article…mais je ne savais pas du tout comment aborder le sujet, par honte déjà…mais aussi parce que je voulais à tout prix éviter de faire un article cliché, impersonnel et beaucoup trop dans le mélo…

Mais je crois que cet article est important.

Pour moi, afin de mettre des mots sur ce que j’ai vécu, mais aussi pour ceux qui me lisent, pour les personnes qui soufrent de l’image de leur corps, pour les personnes qui jugent, pour les personnes qui n’ont aucune idée de ce que c’est que d’être obèse…


Alors, voilà…je me lance :


« Je suis obèse »


(Alors oui, aujourd’hui je ne suis plus obèse (PHYSIQUEMENT) mais au fond de moi, dans ma tête, dans mon coeur, 24H/24, à vie…j’étais et je resterai obèse. Peu importe que je rajoute « EX » devant obèse, je le suis. Car être obèse ce n’est pas seulement la taille de nos bourrelets ni les 3 chiffres sur la balance, c’est une maladie, au même titre que l’anorexie ou la boulimie.)


Donc…  « Je suis obèse »


Ces trois mots il m’était IMPOSSIBLE de les dire sans pleurer…parler de ma condition de grosse m’était impossible, les rendez-vous avec les psys ou les repas de famille pendant lesquels on abordait le sujet me mettait dans des états de détresse incroyable où je n’arrivais pas à retenir mes larmes. Des larmes de tristesse? NON…De honte!

Cette honte incroyable, inimaginable de dire « Moi, Lucie, je suis obèse.»

Cette honte, aujourd’hui c’est transformée en fierté, je cris haut et fort et à qui veut l’entendre « JE PESAIS 103 KILOS! » et c’est pour ça qu’aujourd’hui je peux plus facilement vous parler de ma vie de « grosse lucie » et vous expliquer un peu comment je suis devenue obèse, parce que non…c’est pas simplement en mangeant au Macdo…c’est beaucoup plus complexe que ça…


Mes parents m’ont mise au régime très jeune, trop jeune.

J’ai du voir ma première diététicienne à l’âge de 7 ans, je n’étais pas vraiment grosse, mais je crois surtout que mes parents avaient peur que je le devienne, je ne me souviens de rien si ce n’est de cette phrase « en moyenne on doit faire 10 kilos de moins que sa taille ». Cette phrase m’a obsédé des années, moi qui ne fait qu’1m59, je suis censée faire 49 kilos… et là tout ce qui me vient à l’esprit c’est « LOL » !

A cette même époque, je me suis lancée dans la GRS ( mais si…tu connais..c’est le sport ou les filles en body jouent avec des ballons et des rubans..) en niveau compétition avec plusieurs entrainements par semaine mais surtout…avec la pesée en équipe le samedi matin. J’avais 7 ans et on me pesait pour contrôler mon poids ( à la maison, comme dans mes activités extra-scolaire).

J’ai donc passé cette époque de ma vie en me disant que grossir c’était mal, tout en me construisant un corps plus musclé (donc plus lourd..).

Puis plus tard, mes parents m’ont fait arrêter la GRS car ils avaient peur (et avaient surement raison) que je devienne une petite pétasse un peu trop sûre d’elle même…

je suis arrivée au collège avec un corps musclé mais surtout…un bon fessier des familles ( et la culotte de cheval qui va avec ) !

Donc, à l’âge où l’on se construit, j’avais -à mes yeux- un cul énorme, digne des Kardashians…sauf que le problème, c’est que les Kardashians, à l’époque elles étaient personne, on était en 2000, la mode c’était kate Moss, Vanessa Paradis, Paris Hilton…il fallait être mince, plate, et moi et mon gros cul ben on nous voyait un peu trop.

Alors dans la cour de récréation, on a commencé à m’appeler « Sauvez Willy ».


C’est à cette époque, que mon monde a commencé à s’effondrer (à la maison comme au collège) et je n’ai trouvé du réconfort qu’auprès de la nourriture. Plus j’allais mal, plus je mangeais. J’ai commencé à avoir ce besoin de « remplir le vide » que j’avais en moi. C’est à ce moment précis que ma gourmandise s’est transformé en hyperphagie (maladie proche de la boulimie qui consiste à avaler de grande quantité de nourriture mais sans se faire vomir). Et que cette maladie à apporté avec elle un autre parasite : la depression.

Comme mes parents faisaient très (trop) attention à mon poids, j’ai commencé à manger en cachette, à essayer de trouver des moyens d’aller acheter de la nourriture puis à manger très vite des quantités énormes afin qu’ils ne se rendent pas compte que je cachais dans ma chambre des paquets de gateaux.

J’ai développé cette habitude qui encore aujourd’hui me stress et me dégoute : manger très vite et en cachette. Même chez moi, seule, lorsque je mange en dehors des repas, je me sens obligé de me cacher, et de manger très vite comme pour dire « ni vu ni connu » et j’ai cette peur folle que l’on me fasse remarquer que j’ai mangé.

Pour moi la pire des situations c’est un buffet ou l’on doit se servir soit même…je préfère m’affamer plutôt que les gens me regardent me servir à manger!


Puis j’ai enfin quitté le collège, et j’ai réalisé mon rêve de partir dans un lycée en internat afin d’étudier l’Art et le Design.

J’ai été heureuse au début, mon hyperphagie s’était calmée, mais je suis restée gourmande alors je continuais à grossir…J’ai donc commencé à faire un régime protéiné ( mais pas Dukan, non, pire, les régimes à base de sachets en poudre bien dégueulasse ) et j’ai perdu 8 kilos en 15 jours. Le rêve non?!

Mais ce n’était pas suffisant…alors j’ai commencé à me faire vomir…ça n’a pas duré très longtemps car mon corps (que je remercie aujourd’hui) refusait d’obéir et réussir à me faire vomir me prenait beaucoup trop de temps et d’énergie.

Et pourtant j’ai tout essayer, cuillère au fond de la gorge, boire des litres d’eau chaude avec du sel et du citron, une ceinture 10 fois trop petite autour de ma taille…et à chaque fois je finissais en larme dans les toilettes…

Et la dépression est revenue, encore plus forte, encore plus sombre…et mon hyperphagie n’a fait que s’accroître…jusqu’à mon bac.


A cette époque, j’ai découvert les blogs pro-Ana (pro anorexique), j’avais appris par coeur les 10 commandements des anorexiques, je passais mes nuits sur les forums d’entraide ou j’apprenais des techniques pour réussir à manger le moins possible…Je ne me nourrissais que de barres protéinées Gerlinéa et je salissais des assiettes pour que mes parents aient l’impression que j’ai mangé le midi…

Comme je faisais de grosses crises d’hyperphagie en même temps, je n’ai jamais été maigre et donc mes parents ne se sont rendus compte de rien.

J’ai eu mon bac, et je suis partie vivre dans le nord pour poursuivre mes études.

Là bas, j’ai enchainé les régimes protéinés et les crises d’hyperphagie, mon corps a fait du Yoyo comme jaja’ jusqu’à mon année Erasmus…


A Athènes, en Erasmus, j’étais HEUREUSE ! La plus belle année de ma vie, la meilleure chose qui me soit arrivée, une aventure incroyable qui a fait que je n’ai quasiment pas eu de crise en un an…

Mais, j’ai bu des litres d’alcool (pas en une année…non…par soir!).

J’ai pris 12 Kilos… en alcool !

Le retour en France et à la réalité à été assez difficile, mais mes parents m’ont alors offert le cadeau dont je rêvais depuis des années : une liposuccion.


Lulu allait enfin se débarrasser de son gros cul.


Motivée, j’ai perdu 10 kilos et me suis faite opérée.

ERREUR DE JEUNESSE !

Si je pouvais donner qu’un seul conseil dans cet article c’est « ne faites pas la même erreur que moi, oui, sur le coup j’étais ravie, le résultat était exceptionnel mais une liposuccion, surtout lorsqu’on est malade comme moi, n’est PAS la solution…car on finit TOUJOURS par re-grossir. Sauf qu’après une liposuccion, la prise de poids est…Monstrueuse! On grossit de partout, sauf de là où on a été opéré, les bras, le visage, les genoux, et sur les fesses des « petites poches de gras »…je ne sais pas comment le décrire…mais en gros votre corps après ça c’est Verdun! »


(Mais on continue…)


Je suis arrivée à Paris pour ma dernière année d’étude, mince, musclée, bien dans ma peau…

Mais mes études ont pris toute mon énergie, je ne dormais plus que 3h00 par nuit, je n’avais pas une seconde à moi, j’ai commencé à manger pour tenir le coup, pour supporter les nuits blanches…J’ai très vite re-grossi...

Puis je suis retournée vivre à Athènes, où j’ai passée 3 ans à faire du Yoyo et des heures incalculable de sport et de musculation mais à chaque fois en finissant plus grosse qu’avant mes régimes…et finalement, ma 4ème et dernière année à Athènes j’ai lâché prise. Les derniers mois j’ai même arrêté la muscu (qui était une drogue, j’y passais 2h00 par jour) et mes crises d’hyperphagie sont devenues quotidiennes.


J’ai explosé.


J’ai perdu mes deux grands parents, j’ai fermé ma boîte, je travaillais comme une esclave dans un centre d’appel, j’ai simplement tout arrêté. Arrête d’espérer, arrêter de rêver…je mangeais pour remplir un vide beaucoup trop grand en moi.

Je mangeais toujours plus mais le vide ne faisait que s’accroître…

Alors j’ai pris la décision la plus difficile de ma vie : rentrer en France.

Mais aujourd’hui je ne regrette pas une seule seconde.


En France, j’ai pu me faire opérer ( j’ai fait une sleeve gastréctomie : chirurgie de l’obésité qui consiste à enlever une partie de l’estomac) et j’ai cette sensation que le chirurgien a enlever une partie de moi - la partie sombre où se cachait mon hyperphagie.

Je ne suis pas guérie. Peut être même que je ne le serais vraiment jamais, mais aujourd’hui je fait clairement la différence entre gourmandise et crise.

Je ne ressens plus ce vide en moi, et je n’ai donc pas envie de le remplir, mais je reste à l’affût du moindre signe de mal être, la moindre petite chose qui en un claquement de doigts pourrait me faire sombrer de nouveau dans les méandres sombres de cette putain de maladie.

C’est pour ça qu’aujourd’hui je vous en parle, que je pose des mots sur ce que je suis :

« Je suis obèse. Mais je me soigne »


Derrière chaque personne en surpoids se cache une histoire, et très souvent un mal-être…je ne supporte pas les blagues (méchantes) envers les gros car on ne devient pas obèse par plaisir ou par fainéantise…on ne devient pas obèse juste parce qu’on aime les BigMac…J’ai été obèse à l’époque où je faisais plus de 10h00 de musculation par semaine, j’ai été anorexique tout en étant grosse… nous n’avons aucune idée de ce qu’il se passe dans la tête des gens ni pourquoi leur physique est tel qu’il est…et il important que les gens comprennent comment on devient obèse, car moins il y aura de jugements envers les personnes en surpoids, moins les gens souffriront de leur image et les chances de devenir obèse seront alors affaiblis.


« Je suis obèse, mais ce qui m’a rendu obèse c’est la peur de le devenir! »

© 2018 by Lucie Ries. 

" Les paillettes c'est la vie...

mais le gras aussi! "

Madame Ries

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