#13 LES JOURS QUI SUIVENT (ce soir où j'ai cru mourir partie 2)



(Avant de lire cet article, et pour comprendre de quoi je parle, je vous invite à lire l'article #12 CE SOIR OÙ J'AI CRU MOURIR)


...


Me voilà devant chez moi, en état de choc, les jambes tremblantes... J’insère les clefs, ouvre la porte et mes jambes me guident jusque dans le salon de mes propriétaires chez qui j’habite.

Je les regarde en silence, impossible de faire sortir le moindre son de ma bouche, les larmes sur mes joues continuent de couler.

A leur tour ils me regardent, et me servent un verre de vin rouge. Moi qui déteste ça j’ai avalé le verre entier comme si il avait le pouvoir de me redonner vie. Ils m’en resservent aussitôt un second , que j’avale cul sec une fois de plus!


Je trouve alors le courage de formuler une phrase :

« Puis je emprunter votre téléphone, je dois appeler ma famille? »


La suite de cette soirée, c’est mon père qui décide de partir en pleine nuit de Bordeaux afin d’être présent le lendemain pour me donner la force d’aller porter plainte…


Je vous épargne la lenteur du système informatique de la gendarmerie et les 300 photos de suspects potentiels que j’ai du regarder pour désigner un possible coupable…


Mais que se passe t’il ensuite pour les victimes d’agression?

Comment est on censé avoir le courage de sortir à nouveau de chez soi?

Comment passer à nouveau devant ce bas de porte où tout s’est passé?

Comment sortir le soir sans avoir peur?


Il m’a fallut 10 ans pour m’en remettre. Et encore, je ne m’en suis pas remis à 100%.


Voilà donc une petite liste non exhaustive de ce qu’il s’est passé pour moi…


-Les jours - NON LES MOIS - qui ont suivis l’agression, je ne pouvais plus passer devant la fenêtre de ma cuisine car elle donnait sur la scène du délit.

Donc à chaque fois que je devais traverser la cuisine pour aller jusqu’à ma salle de bain, je passais devant la fenêtre à quatre pattes.

Il m’était impossible de m'approcher de cette fenêtre et encore moins de l'ouvrir!


-Je ne supportais pas que l’on m’aborde dans la rue. J’étais terrorisée à l’idée que quelqu’un m’accoste.

Une fois, un jeune garçon d’une douzaine d’années et venu me demander l’heure. Je me suis mise à pleurer.


-A la tombée de la nuit ou tôt le matin, il m’était impossible de sortir seule de chez moi, j'étais comme paralysée.

Pendant des années, je ne pouvais pas sortir le chien chez mes parents, et quand j’y étais obligée, mon coeur battait si fort que ça me faisait mal. C’est à peine si je pouvais respiré tout le long du trajet.

(Mais demandez moi de le faire aujourd’hui et je crois que ce serait exactement pareil)


-Encore maintenant je ne peux pas marcher dans la rue la nuit sans mettre mes clefs entre chaque doigts (façon Wolverine ) au cas où je me fasse agresser.


-À chaque fois que j’entend une personne crier dans la rue (même pour rigoler) mon coeur s’arrête, ma respiration se stop et tout mes sens sont en alerte.


-Je ne peux pas dormir seule dans la maison de ma mère sans être paralysée de peur.

(Je ne peux plus dormir dans un endroit où il n’y a ni bruits ni lumière)


Et il y’a encore tellement de petites choses qui ont changé dans mon quotidien, dans ma façon de vivre suite à cette agression…

Ma façon de m’habiller quand je sors le soir ou quand je dois aller dans certains quartiers ou même le fait que je ne me sente en sécurité nulle part en France…


Mais doucement, je me soigne.


J’apprend à respirer le soir dans la rue, j’apprend à avoir de nouveau confiance quand on m’aborde (même si je reste méfiante), et peut être qu’un jour je pourrais promener mon chien sans avoir le coeur qui bat, les sens en alerte et des frissons sur tout mon corps…

© 2018 by Lucie Ries. 

" Les paillettes c'est la vie...

mais le gras aussi! "

Madame Ries

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